Sainte Radegonde

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Radegonde serait née vers 518 à La Rochelle à une époque sombre où la foi aristotélicienne n’était point encore solidement établie. Les païens étaient en effet encore nombreux et pratiquaient leur culte idolâtre.
Elle était fille d’un père pêcheur et d’une mère maquerelle qui vivaient chacun tant bien que mal de leur profession respective.
Le poisson se vendait mal, même si la mairie rachetait une partie de la pêche. Et le commerce de la chair n’était point aussi lucratif que par le passé.
Le père était profondément aristotélicien et avait inculqué la sainte foi à sa fille. Sa femme était pour lui sujet de turpitude, mais il mettait un point d’honneur à se rendre chaque semaine à la messe avec Radegonde, afin de prier pour le salut de l’âme de son écervelée de femme.

A l’âge de 12 ans, son père amena Radegonde pour la première fois avec lui sur sa barque.
Il lui apprit à lancer le filet et à tenir la ligne, arts dans lesquels elle excella bien vite.
Tous deux commençaient à former une parfaite équipe. La taille des prises augmenta rapidement.

De la pêche miraculeuse 

Quelques années après, alors qu’elle était âgée de 22 ans, elle se retrouva en mer un jour de mauvais temps, en compagnie de son père. Alors que le ciel se couvrait de nuages menaçants, elle sentit une forte résistance au bout de son fil de pêche.
Elle appela son père à l’aide. Tous deux tirèrent et tirèrent encore. Et ils virent l’animal. Un superbe thon de plusieurs dizaines de livres.
Le père prit une rame achetée la veille au charpentier local et asséna un grand coup sur la tête du poisson qui passa de vie à trépas. Ils hissèrent à bord l’animal. Le père sortit son couteau pour le vider. Il lui ouvrit le ventre et alors s’accomplit le prodige. Il y avait à l’intérieur une croix recroisetée de bronze, fortement patinée par l’oxydation.
Radegonde s’empara de l’objet qui avait une belle couleur tirant sur le vert.

Le duo avait perdu de vue l’orage menaçant. Le tonnerre gronda et un éclair vint frapper la croix que tenait la jeune femme.
Son père crut la perdre sous ses yeux tant la lumière l’aveugla. Lorsqu’il reprit ses esprits, sa fille était toujours là, le visage noirci et les cheveux crêpés. Il comprit que la croix venait d’accomplir un miracle. Elle venait de lui sauver la vie.

La main de Radegonde portait en elle une cicatrice en forme de croix. Mais elle ne souffrait pas.

Le père et la fille mirent le cap sur La Rochelle avec le thon dans leur petit navire.
De retour au port, les habitants furent émerveillés en apprenant ce qui venait de se passer.
Un policier païen qui surveillait l’endroit fut frappé de stupeur et se convertit aussitôt à la vraie foi.

La nouvelle de cette pêche miraculeuse se répandit rapidement dans tout le Poitou.
De partout on accourait pour voir cette femme à la main marquée d’une croix et pour se prosterner devant la croix verte du miracle.

De l’histoire de la Grand’Goule qui ravageait Poitiers

Un matin, c’est un homme affolé qui se présenta dans la maison familiale. La mère crut un instant qu’il s’agissait d’un client mécontent et s’apprêtait à le chasser. Mais il venait voir Radegonde car il avait entendu parlé d’elle.
A sa vue il s’agenouilla et joignit les mains pour l’implorer.
« Radegonde, il faut que tu viennes à Poitiers ! La Grand’Goule est de retour et dévore chaque nuit un innocent. »
Tout le corps de la femme frémit lorsqu’elle entendit ces paroles. Elle se rappela les légendes qu’on lui racontait pour qu’elle mange sa soupe.

La Grand’Goule était un animal énorme long comme vingt boeufs, haut comme deux maisons. On racontait qu’elle se déplaçait à l’image du serpent malgré de petites pattes griffues sur lesquelles elle reposait. Ceux qui l’avaient aperçu retenaient surtout l’image de la tête de la bête dominée par deux yeux cruels et une gueule énorme munies de dents nombreuses et acérées. Une affreuse créature comme seul le Sans Nom pouvait en créer.

Radegonde n’hésita pas.
« Je viens sur l’heure ! » dit-elle.
Elle embrassa ses parents, serra contre sa poitrine la croix qu’elle portait autour du coup et se mit en marche en compagnie de l’homme pour Poitiers.
Sur le chemin, ils rencontrèrent une troupe de brigands. Mais ces derniers les laissèrent passer car ils avaient eu vent de l’entreprise de la femme. Ils lui confièrent même 30 miches de pain qu’ils venaient de prendre la veille sur un marchand ambulant. Elle les accepta mais pour les donner à des miséreux qu’elle croisa peu de temps après.

Arrivée dans Poitiers, elle découvrit une ville sinistrée. Les volets de la plupart des maisons étaient fermés. Les gens étaient rares dans les rues.
Elle se rendit au château comtal où le conseil la reçut. On lui expliqua la situation.

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